Trafic de tigres : l’Europe a (aussi) sa part de responsabilité

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La découverte macabre d’un abattoir pour tigres à Prague, en République Tchèque, fait resurgir la terrible réalité du commerce illégal des félins (19/11/2018). La responsabilité de l’Europe dans ce trafic à destination de l’Asie semble désormais ne plus faire aucun doute. 30millionsdamis.fr fait le point.

La scène est épouvantable. Des cadavres jonchant le sol, des os et des restes de tigres dans un réfrigérateur entreposés depuis deux ans... « En 25 ans de travail, je n’avais jamais vu ça », témoigne Pavla Rihova, l’enquêtrice de l’inspection tchèque de l‘environnement à l’origine de la découverte d’un abattoir pour tigres à Prague (République Tchèque).



Un cirque pourvoyait les tigres à un taxidermiste

L’enquête, longue de 5 ans, a démarré après l’arrestation en 2013 d’un homme d’origine vietnamienne en possession de 8 kilos d’os de tigres. Les preuves sur l’existence d’un trafic entre le Vietnam et la République Tchèque se sont alors accumulées au fil des années. A la suite d’une dizaine de perquisitions, les douanes et la police tchèques sont remontés jusqu’au propriétaire d’un cirque qui livraient les animaux à un taxidermiste pour le compte d’un acheteur vietnamien. Les tigres sont notamment abattus pour leurs organes, qui se vendent sur le marché noir et se retrouvent dans la médecine traditionnelle asiatique.



La responsabilité européenne dans le trafic de tigres


Le trafic en Europe n’a pas la même échelle qu’en Chine ou au Vietnam.

Peter Li - HSI

Au-delà de l’atrocité des faits, cette découverte permet de pointer la responsabilité de l’Europe dans le commerce illégal de félins. « C’est la première fois qu’un tel trafic de parties de tigres est découvert en Europe centrale, souligne Peter Li, spécialiste de la politique chinoise pour Humane Society International (HSI), contacté par 30millionsdamis.fr. La source de ce trafic met directement en cause des cirques, des élevages de tigres pour ces cirques voire des fermes de tigres qui ont voulu tirer profit de ce marché. Toutefois, je ne crois pas qu’on puisse mettre le trafic en Europe à la même échelle qu’en Chine ou au Vietnam. »

Les cirques sont effectivement parmi les principaux incriminés dans ce trafic. « Je sais qu’en Chine des cirques ont été retrouvés en train d’utiliser leurs animaux morts, pour cause d’abus ou de malnutrition, pour en faire du bouillon, explique Peter Li. Je ne suis pas certain que ce soit le cas en Europe. Pourquoi les cirques chinois font-ils cela ? Tout d’abord, cela génère des profits sur un tigre qui ne peut plus performer. Ensuite, les autorités ont échoué dans la lutte contre ces usages. Enfin, il y a une demande, notamment chez les anciennes générations… »



« Pour la médecine chinoise, le tigre est une véritable caverne d’Ali Baba… »

Selon l’inspection tchèque de l‘environnement, les peaux de tigres peuvent se vendre entre 2 000 et 4 000 euros, les ossements transformés en bouillon se négocient à 60 euros le gramme, tandis que les griffes s’écoulent à 100 euros la pièce. « Pour le marché de la médecine chinoise, le corps d’un tigre est une véritable caverne d’Ali Baba, ose Peter Li. Leurs os sont utilisés comme des ingrédients pour renforcer la musculature. Le pénis du tigre s’affiche comme un aphrodisiaque pour la virilité masculine. Ils voient même l’urine de tigre comme un médicament contre l’arthrite ! Je vous passe tous les mythes autour de la guérison… »



Plus de tigres en captivité qu’en liberté

En dépit de l’interdiction du commerce international de tigres et de parties de tigres qui est effective depuis 1987 grâce aux votes des pays signataires de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), l’ONG TRAFFIC – spécialisée dans le contrôle du commerce d’animaux sauvages – estime à 1 755 le nombre de tigres dépecés ou désossés pour ce sinistre et juteux commerce, entre 2000 et 2015 en Asie. « Cela représente deux tigres par semaine, lâche à 30millionsdamis.fr le docteur Richard Thomas, porte-parole de l’ONG. Notre étude a révélé une proportion croissante de parties de tigres soupçonnées de provenir d’élevage. Nous sommes passés de 2% en 2000-2003 à plus de 30% entre 2012 et 2015. Les tigres sont effectivement faciles à élever en captivité (ndlr : plus de 9 000) alors que la population de tigres à l’état sauvage est en fort déclin (ndlr : 3 890). »



source:ici

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